CÉCILE MAISONNEUVE

PRÉSIDENTE DE LA FABRIQUE DE LA CITÉ

« Google à la conquête de la ville »

Compte rendu


Innover pour réinventer la ville


À l’heure où la population mondiale ne cesse de croître, à l’heure où les centres urbains attirent de plus en plus d’habitants, les villes doivent être réinventées, voire réenchantées. Dans ce contexte, les nouvelles technologies sont de précieux atouts pour redessiner l’aménagement urbain et gagner en qualité de vie. Illustration avec l’un des précurseurs en matière d’innovation urbaine : le géant Alphabet, maison-mère de Google.


Le 25 mars 2019, s’est tenue une nouvelle édition du Club les Échos Digital, en partenariat avec Valtus, Hunteed et Veeva. La parole a été donnée à Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective et aux innovations urbaines.


Google, un acteur innovant de la ville dès 2007


L’aventure de Google en matière d’innovation urbaine démarre en 2007, par la cartographie. Si Google Maps constitue une première approche classique de la ville avec des cartes en 2D, dès 2008, cela se sophistique avec l’apparition de Google Earth. Avec Google Street View, la vue se fait à hauteur d’homme. On est passé de la 2D quasiment à la 4D, en éclipsant la phase 3D. Car Google Street View cartographie ce qu’est fondamentalement une ville : un mélange de stocks (bâtiments, espaces publics…) et de flux visibles (passants, véhicules…) et invisibles (électricité, eau, gaz…). Avec Google Street View, une partie de ces flux sont représentés. C’est de la 4D car l’élément temps apparaît.

Mais, le grand saut pour Google est en 2013 quand la firme américaine rachète, pour près d’1 Md$, la start-up israélienne Waze, plateforme crowdsourcée de calcul d’itinéraires. Avec cette acquisition, Google passe du statut d’observateur, de cartographe des villes, à celui d’acteur de la mobilité urbaine, c’est-à-dire l’une des fonctions fondamentales de la ville. En 2016, Waze lance le programme Connected Citizens (CCP) qui repose sur l’échange de données avec des partenaires : par exemple, les villes peuvent ainsi être informées des incidents de circulation en temps réel, avoir un aperçu des lieux dangereux ou sujets à congestions fréquentes pour optimiser la planification urbaine et, en contrepartie, Waze dispose d’informations sur les travaux et fermetures de routes à venir permettant de réorienter les utilisateurs en temps réel.

Résultat ? Les villes peuvent mieux adapter leurs infrastructures et optimiser les travaux qu’elles doivent réaliser.


Une ville intelligente (smart city) va sortir de terre à Toronto


Toronto est une métropole régionale qui enregistre une croissance extrêmement rapide. De 2,8 millions d’habitants aujourd’hui, elle en comptera 7 millions en 2050. Les transports publics, parmi les plus chers au monde, coûtent 150 $ par mois pour un réseau saturé, sous-dimensionné et de qualité moyenne. En parallèle, le marché du logement est extrêmement tendu : le taux de vacance des logements est quasi nul.

C’est sur ce territoire que Sidewalk Labs, filiale d’Alphabet consacrée à l’innovation urbaine, a lancé une incroyable opération d’aménagement. Elle va déployer une ville high-tech et connectée sur une friche industrielle de 5 ha.

Certaines technologies ont d’ores et déjà été présentées à l’image de la rue dynamique. La question de la livraison en ville, par exemple, est problématique à bien des égards et notamment aux heures de pointe. L’idée est de dédier des rues à la livraison à certaines heures grâce aux technologies digitales, visibles au sol et permettant d’informer toute la chaîne logistique pour activer certains emplacements de livraison selon les jours et les heures.


Accueillir toujours plus d’habitants tout en améliorant la qualité de vie : enjeu des villes d’aujourd’hui et de demain


Ce que l’on constate à Singapour, la smart city par excellence, c’est que la ville peut être ultra-technologique, mais cela peut être aussi beaucoup de complexité qui provient essentiellement de l’humain. En ville, on recherche l’anonymat mais aussi et surtout la qualité de vie. Les technologies, les moyens de mieux se déplacer, de mieux habiter sont des questions qui se posent de manière pressante aux cités. Quand on sait que les deux tiers, voire les trois quarts, de l’humanité vont vivre en ville en 2050, la problématique du mieux vivre en ville est loin d’être anodine, elle est en fait totalement centrale. 

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